Concours

Lundi 3 juillet 2006

La définition de la dépersonnalisation est la suivante: c'est une altération de la perception entrainant une perte du sens de sa propre réalité. Ci-dessous la classification psychiatrique. Avec son code.F48.1

Syndrôme de stress aigu (DSM IV - 1994) qui peut être diagnostiqué dès le premier mois, lorsque, en plus des réactions d'intrusion, d'évitement et d'hyperactivité, au moins trois des critères suivants sont remplis: 
1. Absence de sensation ou sentiment de détachement.
2. Diminutiond de perception de l'environnement
3. Déréalisation: "tout est irréel", "comme dans un rêve".
4. Depersonalisation "qui suis-je?". Sentiment d'être sorti de son corps.
5. Amnésie dissociative (oubli d'un aspect important de l'événement). 

 

 

 

 

 

CIM 10

 

 

Classification CIM 10

 

 

 

 

 

F00-F99

 

 

Chapitre V Troubles mentaux et du comportement

 

 

  • troubles du développement psychologique

     

 

 

 

 

 

 

R00-R99

 

 

Chapitre XVIII Symptômes, signes et résultats anormaux d'examens cliniques et de laboratoire, non classés ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

F40-F48

 

 

Troubles névrotiques, troubles liés à des facteurs de stress et troubles somatoformes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

F92.8

 

 

Autres troubles mixtes des conduites et troubles émotionnels

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

F48

 

 

Autres troubles névrotiques

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

F48.1

 

 

Syndrome de dépersonnalisation-déréalisation

 

 

  • Dépersonnalisation, syndrome de

     

  • Déréalisation (névrotique)

     

  • Syndrome (de) dépersonnalisation(-déréalisation) (névrotique)

     

Par lanyela Denis - Publié dans : angoisse
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Lundi 3 juillet 2006

L'angoisse et les troubles physiques

Les troubles toniques

 

Il existe donc deux versants de troubles du tonus : l'un en liaison avec la psychopathologie, l'autre comme expression de difficultés réactionnelles ou transitoires.

Les troubles toniques sont majorés par les émotions. Dans ce contexte seront distingués :

  • Les dystonies qui regroupent les crampes et torticolis ;
  • Les dysharmonies toniques réunissant :
    • les réactions de prestance ;
    • les syncinésies ;
  • Les paratonies ;
  • Les tremblements
  • Les tics
  • Les bégaiements

Les dystonies

Ce sont des contractions musculaires inadaptées apparaissant au cours d'un mouvement (dystonie de fonction) ou dans le maintien d'une attitude (torticolis) et pouvant éventuellement s'accompagner de contractures provoquant des spasmes.
La plus caractéristique des dystonies de fonction est la crampe de l'écrivain. Elle se réalise par une gêne plus ou moins douloureuse de l'écriture qui devient malhabile et pénible.
Les dystonies de fonction sont différentes des crampes. Les crampes traduisent la conséquence physiologique de cet effort et cèdent à l'étirement passif du muscle ou à l'absorption d'eau salée. La dystonie est sur son versant organique et possède une composante psychique.

Les dysharmonies toniques

Les réactions de prestance

Elles sont aussi dénommées réactions de contenance et désignent l'inadéquation de l'adaptation relationnelle dans ses éléments tonico-moteur, postural, gestuel ou mimique. Néanmoins, la clinique psychomotrice distingue les réactions de prestance par son pôle hypotonique et les réactions de contenance qui sont orientées vers une hypertonie.

Les syncinésies

Les syncinésies sont des contractions ou des mouvements involontaires qui s'effectuent dans une partie du corps tandis que dans une autre partie sont exécutés des mouvements volontaires, automatiques ou réflexes. Elles sont de plusieurs types et Ajuriaguerra distingue :

·        les syncinésies d'imitation ou de reproduction ou tonico-cinétiques ; ce sont des mouvements identiques d'intensité variable ou des ébauches de mouvement, du coté opposé aux mouvements inducteurs.

·        les syncinésies à diffusion tonique ; elles se matérialisent sous la forme de crispations avec augmentation du tonus musculaire, au cours d'un mouvement quelconque.

 

 

------- plus loin ……__________

Les paratonies

Il s'agit d'anomalies de la contraction musculaire qui se traduisent par l'impossibilité de réaliser la résolution musculaire sur commande. Au lieu de se relâcher, le muscle se contracte ce qui a pour effet de maintenir le segment de membre intéressé dans une position cataleptoïde momentanée.

Les tremblements

Il s'agit d'une oscillation rapide d'une ou de plusieurs parties du corps, autour de la position d'équilibre qui résulte de la contraction successive des muscles agonistes et antagonistes.
D'apparition fréquente lors du maintien de certaines attitudes et semblent localisées plus spécifiquement au niveau des membres supérieurs (tremblement postural), il peut parasiter les actions.
La disparition complète au cours du repos est fréquente mais non obligatoire.

Les tics

Les tics consistent en l'exécution soudaine et impérieuse de mouvements ou de vocalisations. Ils peuvent être transitoires ou chroniques, isolés ou multiples. Leur répression cause un malaise et ils demeurent souvent irrépressibles, bien qu'ils puissent disparaître durant une période de temps variable.
Leurs localisations et leurs formes sont multiples. Ils intéressent l'ensemble segmentarisé du corps : tics de la face (clignement des paupières, mordillement des lèvres, rictus...) ; tics de la tête et du cou (hochement, salutation, affirmation... ) ; tics du tronc et des membres...
Les tics possèdent des facteurs aggravant tels que l'anxiété, la fatigue et l'ennui. A l'opposé le sommeil, la concentration sur une activité agréable ou l'abaissement du seuil tonique ont un effet inverse.
Le syndrome de Gilles de la Tourette, appelé aussi maladie des tics, est caractérisé par l'association de mouvements anormaux, d'écholalie et coprolalie ainsi que des tics moteurs et verbaux. Comme le note Ajuriaguerra, du point de vue historique Gilles de la Tourette (1885) n'a jamais parlé de tics mais d'incoordination motrice et de mouvements incoordonnés, cette expression (tics) n'a été employée qu'à la suite du travail de G. Guinon sur la « maladie des tics » (1886).

Les bégaiements

Ils consistent en des hésitations avant le mot ou la syllabe suivante, de répétitions de mots ou de syllabes. Schématiquement deux types de bégaiements sont à distinguer : les bégaiements cloniques et les bégaiements toniques. Les bégaiements cloniques se traduisent par une répétition ou une prolongation de mots ou de syllabes qui viennent d'être prononcés, alors que les bégaiements toniques sont un blocage avant la première syllabe.

Par Inconnu ( web ) - Publié dans : angoisse
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Lundi 3 juillet 2006

La notion d'espace est à travailler. Pourquoi ? Parce qu'un crise d'angoisse aiguë ou une attaque de panique fait croire à quelque chose lié à l'espace...

L’espace est-il donné ou construit ?

 


Je discute ici de la question de savoir si l’espace est quelque chose de donné en soi, s’il s’impose à nous, ou bien s’il n’est pas quelque chose de culturel, de qualitatif, et de vécu. Affirmer cela, comme le fait Hall dans La dimension cachée, c’est nécessairement dépasser la conception habituelle que nous avons de l’espace, à savoir, la conception galiléo-newtonienne. Celle-ci, loin d’être la nature de l’espace, n’est qu’une certaine conception, culturellement et donc historiquement située, de l’espace –la nôtre.

 

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I- L’espace galiléen

 

A- Description

 

B- Ce n’est qu’un espace parmi d’autres, historiquement situé

 

II- L’espace qualitatif

 

A- La dimension cachée de l'espace

 

B- Caractère individuel de l’espace

 

C- Espaces sociofuges et sociopètes

 

Bibliographie

 

Annexe

 

 

 


I- L’espace galiléen

 

A- Description

 

1) La révolution galiléenne

 

La révolution scientifique du XVIIe siècle, inaugurée par Galilée, se veut en rupture complète avec la conception du monde aristotélicienne . Galilée invente une nouvelle manière de décrire les phénomènes naturels : c’est ce qu’on a appelé la physique mathématique.

 

Avant lui, il n’y avait pas vraiment de distinction entre la description des phénomènes naturels tels qu’ils se passent réellement, et la façon dont ils sont vécus dans la vie quotidienne. La physique n’était rien d’autre que la systématisation des données du sens commun. Ainsi ne pouvait-on penser ni même croire que la terre tournait, étant donné que si elle tournait, on devrait nécessairement en ressentir les effets . La science ne recourrait pas aux mathématiques, parce qu’elles étaient rigoureusement inaptes à comprendre la réalité, qui est essentiellement qualitative .

 

Je voudrais montrer brièvement comment, depuis Galilée, nous avons pensé l’espace, en totale opposition avec la conception de l’espace que l’on trouvait chez Aristote.

 

 

 

2) L’espace aristotélicien

 

L’espace aristotélicien est essentiellement qualitatif et concret. Il est en effet associé au cosmos fini et parfait, en conséquence de quoi il est un espace hiérarchisé, qui comporte des directions a priori (droite, gauche, bas, haut), ainsi que deux grands domaines de l’être ayant une valeur différente. Quand on traite un problème particulier de physique, il est toujours nécessaire de tenir compte de l’ordre du monde, de considérer la région de l’être (la place "naturelle ") à laquelle un corps donné appartient par sa nature même ; d’autre part, il est impossible d’essayer de soumettre ces différents domaines aux mêmes lois (notamment aux mêmes lois du mouvement).

 

Ainsi Aristote soutient-il, dans son Traité Du ciel, que les corps terrestres se meuvent en ligne droite, les corps célestes en cercles  ; et que les corps lourds descendent tandis que les corps légers montent. Ces mouvements sont pour eux naturels. En revanche, il n’est pas "naturel " pour un corps lourd de monter, pour un corps léger, de descendre : ce n’est que par "violence " que nous pouvons leur faire effectuer ces mouvements.

 

 

 

3) L’espace galiléo-newtonien

 

Galilée, qui abandonne la connaissance du monde fondée sur l’expérience, la perception des sens, et l’imagination, pour la remplacer par la pensée pure, abandonne la conception d’un monde fini et fermé pour le remplacer par celle d’un univers infini et ouvert ; ceci implique l’abandon de la notion de lieux naturels et de celle de mouvements naturels opposés aux mouvements violents.

 

L’espace n’est plus qualitatif. L’espace réel est, dans la physique moderne, mathématique, c’est-à-dire qu’il n’est pas immédiatement perceptible, il se cache au-delà des apparences . Il est identifié à celui de la géométrie (euclidienne) dont il emprunte toutes les propriétés . Ces propriétés de l’espace géométrique sont les suivantes : il est continu, infini, tridimensionnel, homogène (c’est-à-dire que tous ses points sont identiques entre eux), isotrope (c’est-à-dire que toutes les droites qui passent par un même point sont identiques entre elles).

 

C’est donc un espace "neutre ", un cadre réel, absolu, qui existe indépendamment des objets qui s’y trouvent ou des événements qui s’y passent ; on aura reconnu l’espace absolu de Newton, qui nous dit, dans Les principes mathématiques de la philosophie naturelle, que "l'espace absolu par nature sans relation à rien d’extérieur demeure toujours le même ". Il n’est nullement lié aux propriétés des corps, etc.

 

La question que je me poserai ensuite sera celle de savoir si l’espace est réellement géométrique, est réellement ce cadre neutre et absolu auquel nous ne pouvons avoir accès que par l’intellect.

 

 

 

B- Ce n’est qu’un espace parmi d’autres, historiquement situé

 

Je répondrai qu’historiquement, cet espace est apparu comme étant un espace parmi d’autres.

 

 

 

1) La découverte des géométries non-euclidiennes

 

Ce qui à mon sens a mené à la thèse selon laquelle l’espace n’est pas galiléen ou euclidien, c’est la découverte des géométries non-euclidiennes.

 

Voici l’historique rapide de cette découverte. Depuis toujours, l’axiome euclidien des parallèles, qui était la base même du système axiomatique d’Euclide, causait de graves soucis aux mathématiciens. Cet axiome stipule que pour tout plan sur lequel il y a une droite L et un point P situé hors de cette droite, il existe dans ce même plan une droite L’ et une seule qui passe par P et soit parallèle à L. Ce qui signifie que deux droites ne peuvent avoir plus d’un point commun. S’il posait problème, ce n’était pas en tant que vrai ou faux (il passait pour "évident ") mais en tant qu’axiome. Les mathématiciens cherchaient à lui donner le statut de théorème, et donc, à le dériver des autres axiomes. Ils pensaient d’ailleurs avoir réussi à déduire ce postulat des autres axiomes.

 

Or, grâce à l’invention de la logique des relations, au siècle dernier, on a pu découvrir que cette déduction n’était pas une véritable déduction, puisqu’il y entrait, subrepticement, un élément intuitif. De plus, cette prémisse intuitive latente n’était autre que l’axiome des parallèles lui-même.

 

Cela a abouti, toujours au siècle dernier, à remettre en question la thèse selon laquelle la géométrie serait, par définition, ou analytiquement, euclidienne.

 

En effet, ce qu’on a découvert, c’est que l’axiome des parallèles est indépendant des autres axiomes d’Euclide. Il est impossible de l’obtenir à partir d’eux. Or, si l’axiome des parallèles est indépendant des autres axiomes d’Euclide, alors on peut mettre à sa place, sans contredire ces derniers, une proposition incompatible avec lui. On s’est donc mis à le remplacer par d’autres propositions, et à construire des systèmes d’axiomes tout nouveaux, appelés géométries non-euclidiennes (qui eux, ne faisaient nullement appel à l’intuition).

 

Citons pour faire bref les deux principales propositions de remplacement : d’abord, 1) on peut poser que dans un plan déterminé, étant donné un point situé en dehors d’une droite, il ne passe par ce point aucune parallèle à cette droite (Euclide dit qu’il en passe une et une seule) : c’est la solution de Riemann ; ou bien 2) on peut poser qu’il passe plus d’une parallèle (on démontre que, s’il en passe plus d’une, il en passera un nombre infini) : c’est la solution de Lobachevsky .

 

Par conséquent, le choix euclidien ne débouche que sur l’un des systèmes géométriques possibles. Autrement dit, comme je l’ai annoncé ci-dessus, du concept de "géométrie", on ne pouvait logiquement déduire le concept d’"euclidien ".

 

On pourra nous objecter que si ces savants ont pu montrer qu’il y avait des géométries non-euclidiennes, c’était en s’appuyant sur le caractère strictement axiomatique de la géométrie. Ce n’était donc qu’un pur jeu de l’esprit. Pour reprendre une distinction moderne, ils parlaient de la géométrie "pure ", "mathématique ", non de la géométrie "appliquée ".

 

 

 

2) Géométrie pure et géométrie appliquée

 

A cela, j’objecterai que la géométrie, euclidienne ou non, a un lien avec la réalité, avec l’espace réel . C’est cette position réaliste que soutient Einstein dans une conférence intitulée Géométrie et expérience . Pour lui, il convient de rejeter la distinction entre "géométrie pure " et "géométrie appliquée ". En effet, à l’origine, pourquoi avons-nous voulu faire de la géométrie? Pour  décrire le comportement des phénomènes physiques : elle était un art d’arpentage, de mesure des phénomènes ; c’est bien ce à quoi elle sert chez Newton. Ainsi, chez ce dernier, notre espace ou les objets dans l’espace réel, obéissent réellement aux lois de la géométrie euclidienne. Par exemple,  la lumière  se propage en ligne droite.

 

 

 

3) Kant. La géométrie euclidienne est synthétique a priori

 

C’est bien cette position que l’on retrouve chez Kant. Bien sûr, Kant ne se prononce pas, contrairement à Newton, sur la réalité de l’espace. On sait en effet que sa philosophie transcendantale refuse la possibilité pour l’homme de se prononcer sur les choses "en soi ", c’est-à-dire, sur la façon dont sont les choses indépendamment de tout point de vue et notamment de tout point de vue humain. Tout ce qu’on peut déterminer avec certitude, c’est la façon dont les choses sont pour nous (Kant les appelle des "phénomènes "). Ainsi, quand Kant nous parle d’espace et de temps, il s’agit des lois de notre sensibilité. Or, que nous dit Kant à propos de ces lois de notre sensibilité, en ce qui concerne l’espace ? Qu’elles sont euclidiennes. La géométrie euclidienne est synthétique a priori. Nous ne pouvons nous rapporter aux choses dans l’espace que de cette manière.

 

4) Géométries non-euclidiennes et théorie de la relativité : la géométrie euclidienne ne peut pas être synthétique a priori

 

Or, avec la découverte des géométries non-euclidiennes, nous pouvons affirmer que nous pouvons tout à fait nous représenter une autre géométrie que la géométrie euclidienne. Elle n’est donc pas synthétique a priori, et rien ne nous dit que nous ne pouvons pas nous rapporter aux choses dans l’espace d’une autre manière. Si l’espace était vraiment euclidien, alors, on ne pourrait pas se représenter un espace non-euclidien, puisqu’il est censé être ce qui gouverne les lois de notre sensibilité. Plus encore, si nous quittons le point de vue transcendantal pour regagner le point de vue réaliste adopté par Einstein, rien ne prouve que l’espace soit, en lui-même, indépendamment du point de vue de l’homme sur les choses, euclidien. C’est d’ailleurs à une autre géométrie, à une géométrie non-euclidienne, que la théorie de la relativité d’Einstein recourt. Dans cette théorie, la lumière ne se propage plus en ligne droite  : l’espace est non-euclidien, les corps obéissent aux lois de la géométrie non-euclidienne.

 

 

 

5) Poincaré. Perception de l’espace et sélection naturelle

 

Reste à savoir pourquoi ou comment nous avons choisi la géométrie euclidienne pour décrire l’espace environnant. Pourquoi l’espace nous paraît-il naturellement euclidien ?

 

Poincaré, dans La valeur de la science , soutient sur ce point une thèse que l’on peut rapprocher de l'hypothèse de la sélection naturelle.

 

D’abord, je tiens à rappeler qu’il soutient que les axiomes géométriques ne sont ni des jugements synthétiques a priori, ni des faits expérimentaux, mais des conventions . Mais je tiens aussi à préciser que Poincaré parle d’une "sorte " de convention ; le conventionnalisme de Poincaré n’est pas, on va le voir, synonyme d’arbitraire. Si la géométrie est une convention, et s’il y a plusieurs géométries /conventions possibles, il ne dit pas que nous avons vraiment le choix, c’est-à-dire, que nous pouvons choisir à notre guise la géométrie qu’on veut. Ce qu’il veut dire, c’est que dans notre esprit, préexistent un certain nombre de types de géométries, qu’il appelle des "groupes ". Comme on l’a vu à travers l’exposé rapide des géométries non-euclidiennes, cela veut dire que rien ne nous déterminait à avoir une géométrie euclidienne, et à nous rapporter à l’espace environnant par son intermédiaire.

 

Ensuite, il se demande comment se fait le choix parmi les diverses conventions /géométries possibles. Il répond que notre choix, parmi ces conventions possibles, est certes guidé par des faits expérimentaux, mais qu’il reste libre et a pour seul souci d’éviter la contradiction. L’expérience nous guide donc dans notre choix, mais sans rien nous imposer ; elle ne fait que suggérer. Elle nous montre quel choix s’adapte le mieux aux propriétés de notre corps. Ainsi dit-il que "l'expérience nous a appris qu’il est plus commode d’attribuer trois dimensions à l’espace " , et " que (la géométrie euclidienne) s’accorde assez bien avec les propriétés des solides naturels, ces corps dont se rapprochent nos membres et notre œil et avec lesquels nous faisons nos instruments de mesure ". C’est donc parce que la géométrie euclidienne est la plus avantageuse pour notre espèce, que nous l’avons adoptée parmi les multiples géométries possibles –non parce qu’elle est la plus vraie. On peut donc bien parler de sélection naturelle : nous avons selon Poincaré adopté la géométrie la plus avantageuse à notre espèce. Mais nous aurions très bien pu adopter une autre géométrie . Rien ne dit qu’à l’avenir, nous aurons toujours l’impression de vivre dans un espace euclidien…

 

Ainsi faut-il dire que l’espace est quelque chose qui au cours de l’histoire des sciences, et même peut-être des hommes, a évolué. Il semble donc que l’espace soit quelque chose, non de donné, mais de culturel. Dès lors, ne peut-on pas soutenir à bon droit qu’il n’y a pas d’espace en soi et que c’est à nous de construire l’espace ?

 

Je discute ici de la question de savoir si l’espace est quelque chose de donné en soi, s’il s’impose à nous, ou bien s’il n’est pas quelque chose de culturel, de qualitatif, et de vécu. Affirmer cela, comme le fait Hall dans La dimension cachée, c’est nécessairement dépasser la conception habituelle que nous avons de l’espace, à savoir, la conception galiléo-newtonienne. Celle-ci, loin d’être la nature de l’espace, n’est qu’une certaine conception, culturellement et donc historiquement située, de l’espace –la nôtre.

 

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I- L’espace galiléen

 

A- Description

 

B- Ce n’est qu’un espace parmi d’autres, historiquement situé

 

II- L’espace qualitatif

 

A- La dimension cachée de l'espace

 

B- Caractère individuel de l’espace

 

C- Espaces sociofuges et sociopètes

 

Bibliographie

 

Annexe

 

 

 


II- L’espace qualitatif 

 

Pourquoi même finalement ne pourrait-on pas dire, puisqu’il n’est pas une réalité objective (si tant est bien sûr qu’il existe quelque chose comme une réalité objective ), qu’il est qualitatif, de l’ordre du vécu ?

 

 

 

A- La dimension cachée de l'espace

 

Je me réfererai, pour répondre à cette question, à l’ouvrage de T.Hall, intitulé La dimension cachée. La question majeure que l’auteur se pose est celle de savoir comment l’homme utilise l’espace – plus précisément, l’espace qu’il maintient entre lui et les autres, et celui qu’il construit autour de soi, à la maison ou au bureau. Sa thèse essentielle est que cette façon qu’a l’homme d’utiliser l’espace fait partie des dimensions inconscientes, "cachées ", de notre expérience . Le but qu’il se donne est de permettre aux hommes de prendre conscience de cette dimension cachée, afin qu’ils ne soient pas aliénés par elle, qu’ils puissent reprendre possession, éventuellement, de cet espace qui peut les faire souffrir, les "agir " à leur insu .

 

A propos de la nature de l’espace, il soutient qu’il est un produit culturel. Ainsi veut-il montrer que, tout comme des hommes parlant des langues différentes n’ont pas la même expérience/perception du monde, des hommes vivant dans des cultures différentes "habitent des mondes sensoriels différents " . " Les environnements architecturaux et urbains créés par l’homme nous permettent de découvrir comment les différents peuples font usage de leurs sens ". On doit bien sûr ici préciser que Hall est anthropologue de formation ; dès lors, son postulat est que l’homme est jusqu’au bout "prisonnier de son organisme biologique ", autant que l’animal. Les dimensions cachées, les structures sous-jacentes de notre expérience, et a fortiori de l’espace, sont donc référées aux " infrastructures biologiques ".

 

Ainsi, selon les cultures, les individus apprennent dès l’enfance, et sans même le savoir, à éliminer ou à retenir avec attention des types d’éléments très différents pour organiser l’espace et le percevoir . De même, ils apprennent à se servir de certains sens au détriment des autres, et donc, à faire attention à certaines sensations plutôt que d’autres. Ils apprennent à organiser l’espace dans lequel ils vivent d’une certaine façon –celle que leur impose leur propre culture. Une fois acquis, ces modèles perceptifs semblent fixés pour toute la vie.

 

Bien sûr, nous ne nous rendons en général pas compte de cet aspect culturel et vécu de l’espace. C’est que, comme nous le savons bien depuis au moins le XVIIIe, avec notamment Montesquieu , nous avons tendance à confondre nos propres valeurs, celles dont nous avons l’habitude, avec les valeurs en soi . C’est en vertu de ce même principe que nous croyons si facilement que l’espace n’est pas quelque chose de culturel. Nous sommes enclins à penser que l’organisation de l’espace à laquelle nous sommes habitués est l’espace tel qu’il est en soi, et n’est même pas une organisation. On peut ajouter que si l’on a pu croire et si l’on peut encore croire que l’espace est galiléen, c’est toujours en vertu de ce même principe. En effet, c’est bien l’ethnocentrisme qui nous pousse à soutenir que la science n’est pas une production culturelle mais le seul véritable moyen d’accéder à la réalité telle qu’elle est en soi.

 

Pour bien montrer à quel point l’espace est avant tout un espace culturel et comporte par conséquent une dimension cachée, je reprendrai quelques exemples éclairants.

 

Ainsi, par exemple, il apparaît que Américains et Arabes vivent la plupart du temps dans des mondes sensoriels différents, et ne font pas appel aux mêmes sens, notamment pour établir la plupart des distances observées à l’égard de l’interlocuteur au cours d’une conversation. Cela est dû au fait que les Arabes utilisent davantage l’olfaction et le toucher que les Américains : ils interprètent et combinent différemment leurs données sensorielles.

 

Ils font donc bien une expérience totalement différente de l’espace. Ils devront organiser (mais pas consciemment !) différemment l’espace dans lequel ils vivent.

 

Ainsi les maisons sont-elles vastes chez les Arabes, beaucoup plus petites chez Américains . C’est dû au fait que dans leur organisation de l’espace, les Arabes évitent le cloisonnement ; et ceci a une raison toute culturelle : les Arabes, nous dit Hall, n’aiment pas être seuls . De même, les lieux publics n’ont pas les mêmes caractéristiques : ainsi, les Américains, entre autres, désodorisent les lieux publics  ; la conséquence est qu’ils vivent dans un espace monotone et olfactivement neutre. La raison en est culturelle : c’est que contrairement aux Arabes, les Américains ont horreur de la promiscuité. L’américain est gêné quand il se trouve en relation olfactive avec une personne non intime, surtout dans les lieux publics. Il est gêné au point que, comme nous le dit Hall, il ne peut alors prêter attention à ce qui lui est dit, ni même maîtriser ses sentiments et émotions. On sait que tout au contraire, baigner autrui de son haleine est une pratique courante dans les pays arabes , dont les espaces publics apportent une forte simulation sensorielle, qui évidemment met les américains très mal à l’aise.

 

Par exemple encore, les Japonais ne sont pas du tout attentifs à la dimension acoustique de l'espace : ainsi se contentent-ils de simples murs de papiers comme écran acoustique. Les Allemands et les Hollandais ont au contraire besoin de murs épais et de portes doubles pour faire écran au bruit et ne peuvent sans beaucoup de gêne se servir de leur seul pouvoir de concentration pour se défendre contre les bruits.

 

Les Japonais comme les Arabes et les Américains vivent donc l’espace différemment. Ces exemples nous montrent que l’espace est avant tout culturel et qualitatif.

 

Si on ne fait pas attention à cet aspect fondamentalement culturel et vécu de l’espace, on peut alors aboutir à des catastrophes. Par exemple, cela peut mener à de véritables conflits communicationnels entre membres de cultures différentes (voire entre membres d’une même culture). Ainsi, ce qui chez les Arabes est habituel et a même une valeur positive (pousser les autres, leur donner des coups de coude), sera ressenti chez les Américains comme une attitude d’impolitesse extrême, et de non-respect. Or, cette attitude a en fait une raison toute culturelle, qui est la dimension cachée de leur expérience de l’espace. C’est qu’ils n’ont pas conscience d’une zone personnelle privée à l’extérieur de leur corps . Si on est donc conscient de la dimension cachée de l’espace, on évitera bien des maladresses et bien des conflits dans notre communication avec autrui.

 

 

 

B- Caractère individuel de l’espace

 

Cet aspect culturel de l’espace vaut aussi, bien sûr, pour l’individu : si chaque culture a son propre rapport à l’espace, chaque individu a lui aussi son propre rapport à l’espace.

 

Si donc la mécompréhension du caractère culturel de l’espace peut avoir des conséquences fâcheuses sur les rapports entre cultures, notamment en menant à des conflits, la mécompréhension du caractère individuel de l’espace, peut elle aussi mener à un malaise personnel ou bien collectif. Cela peut très bien mener à des conflits ou à une absence de communication totale entre les individus prenant place dans cet espace.

 

D’où la nécessité et même l’urgence d’une réflexion sur l’espace, qui apparaît, plutôt qu’un cadre neutre et préétabli, comme étant avant tout une donnée à organiser, à construire.

 

 

 

C- Espaces sociofuges et sociopètes

 

Ainsi y a-t-il des espaces qui nuisent à la communication et d’autres qui au contraire la favorisent. Pour le montrer je reprendrai une distinction utilisée par Hall dans son ouvrage : il s’agit de la distinction entre les espaces "sociofuges " et les espaces "sociopètes ".

 

Les espaces sociofuges sont des espaces qui  ont pour effet de maintenir le cloisonnement entre les individus. Nous rencontrons quotidiennement ce type d’espace : les salles d’attente des gares en sont l’exemple type.

 

Ces espaces sociofuges s’opposent aux espaces sociopètes, qui eux, ont pour effet de favoriser les contacts entre les gens, de les rapprocher et de favoriser les conversations, la mise en commun des idées ou des sensations et émotions. Exemples d’espaces sociopètes : le bistrot, et surtout le comptoir. La classe me paraît bien entendu à classer dans les espaces sociofuges, malgré le rapprochement des tables .

 

Dans ces exemples d’espaces sociofuges et centripètes, il semble y avoir une certaine objectivité : tout le monde trouvera la salle d’attente des gares "sociofuge " et les cafés "sociopètes ". Il peut toutefois à mon sens y avoir des différences individuelles ou culturelles. Certaines personnes pourront très bien, si on suit jusqu’au bout la thèse de Hall, trouver sociopète la salle d’attente et sociofuge le café ; de même certains membres voire tous les membres d’une culture donnée pourront faire le même constat.

 

Ce que nous montre cette distinction, c’est que certains espaces vont donc être vécus comme des contraintes, par l’individu d’une même culture ou d’une culture différente –peu importe. La gêne ressentie alors peut avoir pour conséquence, grave, d’empêcher la réalisation de la tâche qu’on s’y est donnée. Cela peut valoir pour les réunions, pour les cours, et pour le travail individuel (au bureau, chez nous, ou au travail).

 

Pour bien le montrer, je me référerai ici à la série d’interviews menée par Hall auprès des américains à propos de leur façons de vivre l’espace du bureau . Il s’est avéré que le critère jugé seul essentiel dans l’estimation individuelle de cet espace était les obstacles physiques qui peuvent gêner les employés dans leurs activités.

 

Toutes ces interviews ont mené à postuler l’existence (virtuelle) de trois "zones mentales " dans les bureaux américains : la première zone correspond à la surface immédiate de travail, comprenant le dessus du bureau et la chaise ; la deuxième zone, à  l’ensemble de points situés à portée de bras de cette surface ; enfin, la troisième zone comprend les espaces définis par la limite qu’on peut atteindre qu’on peut atteindre en s’écartant de son bureau, pour prendre un peu de distance par rapport à son travail, sans réellement se lever.

 

Le constat de cette série d’interviews est le suivant : les pièces permettant seulement de se mouvoir dans la première zone sont vécues comme contraignantes ; dans la seconde, elles sont considérées comme exiguës ; enfin, dans la troisième, elle sont vécues comme convenables voire vastes.

 

En conclusion, je dirai avec Hall que "compte tenu des variations considérables que l’on constate dans les besoins en espace au niveau individuel comme au niveau culturel, on peut (néanmoins) émettre quelques principes généraux concernant les facteurs de différenciation des espaces. Très schématiquement, c’est ce qu’on peut y accomplir qui détermine la façon dont un espace donné est vécu. Une pièce que l’on traverse en une ou deux enjambées offre une tout autre expérience de l’espace qu’une pièce qui en exige quinze ou vingt. De même, l’impression sera tout à fait différente selon qu’on pourra toucher le plafond ou qu’il aura quatre mètres de haut…. " .

 

 

 

Bibliographie

 

Aristote : cours Révolution copernicienne (partie I)

 

T. Hall, La dimension cachée, Points Seuil Essais

 

Poincaré, La valeur de la science, Champs Flammarion

 

Cf. également le cours logique et mathématiques, la dernière partie

 

Annexe

 

Tableau concernant les géométries d'Euclide, de Riemann et de Lobachevsky

 

 

fin du cours

Par Inconnu - Publié dans : angoisse
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Lundi 3 juillet 2006

 

La notion de temps doit être travaillée. Pourquoi ? Parce que l'angoisse peut faire apparaître un trouble "du temps", un trouble de la compréhension de  ce qu'est le temps !

GOURVA

 

Le temps : en nous ou en dehors de nous ?

 

 


 

 

 

I- La réalité du temps : Newton.

 

 

1) Le paramètre t.

 

 

2) Le temps est pensé comme une réalité existant hors de nous.

 

 

3) Contre cette conception du temps, on a des arguments non seulement philosophiques (qui reposent sur l’expérience que nous faisons du temps, donc, sur la conscience), mais également scientifiques.

 

 

II-La subjectivité du temps.

 

 

A- Le temps historique (cours sur l’histoire)

 

 

B-St Augustin (354-430), Les confessions, Livre XI, chapitres xiv-xxxi : le temps n’existe pas, si ce n’est dans notre esprit.

 

 

1) le temps n’existe pas:

 

 

2) Le temps s’oppose à l’éternité comme l’apparence à la réalité.

 

 

III-Kant : le temps est certes subjectif mais cette subjectivité ne signifie pas qu’il n’est pas objectif : ça va être au contraire ce qui fait qu’il est objectif.

 

 

1) rappel : la philosophie transcendantale

 

 

2) Le temps comme " forme a priori de la sensibilité ".

 

 

3) Comment Kant montre-t-il que le temps appartient à notre esprit, et non aux choses extérieures ?

 

 

4) Que veut dire, chez Kant, que le temps est " subjectif " ? Est-il une illusion ?

 

 

5) temps et changement.

 

 

Conclusion

 

 


I- La réalité du temps : Newton.

 

 

1) Le paramètre t.

 

 

Dans la physique classique, i.e., chez Galilée et Newton, le temps est le paramètre t (= qui désigne un nombre réel). Il est présent dans toutes les équations de la physique (sous différentes formes : la vitesse, l’accélération instantanée, etc.). Ce paramètre t est au fondement même de la mécanique classique ; en effet, il permet de décrire le mouvement des corps dans l’espace en donnant leur position à des instants successifs.

 

 

Voici ses propriétés :

 

 

c’est un temps mathématique. Le temps est une grandeur mesurable, susceptible d’ordonner des expériences et de les relier mathématiquement. Exemple : grâce à ce temps mathématique, Galilée a pu établir que la hauteur de chute libre d’un objet est proportionnelle au carré du temps de sa chute (= loi de la chute des corps dans le vide)

 

 

il est donc figuré par une ligne géométrique et par conséquent, ordonné (sur une droite, en effet, un point se situe nécessairement avant ou après un autre point)

 

 

il est continu (il ne cesse jamais d’y avoir du temps qui passe)

 

 

il s’écoule uniformément, du passé vers le futur

 

 

mais il est pourtant réversible (alors que la précédente propriété laisserait à penser que le temps est fléché et irréversible, conformément à l’expérience que nous en faisons) : en effet, on explore avec les mêmes méthodes mathématiques le passé et l’avenir ; par exemple, il est aussi facile de déterminer les éclipses passées que les éclipses futures ; ainsi, sur le papier, les planètes pourraient tourner à l’envers. I.e. : tout ce que la nature fait, elle pourrait le défaire selon le même processus. Le temps newtonien n’est donc pas fléché. Il ne crée pas et ne détruit pas non plus. Passé et futur se ramènent au seul instant présent.

 

 

 

 

 

2) Le temps est pensé comme une réalité existant hors de nous.

 

 

C’est le temps réel, le " temps du monde ". On lui oppose le temps tel qu’il est perçu par les sens, par le sens commun. C’est le temps sensible, apparent. Le temps réel est perceptible seulement par l’entendement (l’intelligence ou l’esprit).

 

 

Newton, Principes Mathematiques de Philosophie Naturelle (), Scholie :

 

 

-" on distingue en astronomie le temps absolu du temps relatif par l’équation du temps. Car les jours naturels sont inégaux, quoiqu’on les prenne communément pour une mesure égale du temps ; et les astronomes corrigent cette inégalité, afin de mesurer les mouvements célestes par un temps plus exact. Il est très possible qu’il n’existe pas de mouvement parfaitement égal, qui puisse servir de mesure exacte du temps ; car tous les mouvements peuvent être accélérés et retardés, mais le temps absolu doit toujours couler de la même manière. La durée ou la persévérance des choses est donc la même, soit que les mouvements soient prompts, soit qu’ils soient lents, et elle serait encore la même, quand il n’y aurait aucun mouvement ; ainsi il faut bien distinguer le temps de ses mesures sensibles, et c’est ce qu’on fait par l’équation astronomique. La nécessité de cette équation dans la détermination des phénomènes se prouve assez par l’expérience des horloges à pendule, et par les observations des éclipses des satellites de Jupiter. "

 

 

-" Le temps absolu, vrai et mathématique, en lui-même et de sa propre nature, coule uniformément sans relation à rien d’extérieur, et d’un autre nom est appelé Durée "

 

 

-" Le temps relatif, apparent et vulgaire, est une mesure quelconque, sensible et externe de la durée par le mouvement (qu’elle soit précise ou imprécise) dont le vulgaire se sert ordinairement à la place du temps vrai : tels, l’heure, le jour, le mois, l’année ".

 

 

 

 

 

Dire que le temps est absolu, c’est donc dire qu’il n’appartient, ni au monde extérieur (matériel et sensible), ni à notre esprit. Il existerait, même si le monde ou notre esprit n’existaient pas. Il ne faut pas confondre le temps sensible, que l’on perçoit, et qui est relatif, avec le temps absolu qui le sous-tend.

 

 

Il convient d’expliquer pourquoi le temps, ainsi que l’espace, le lieu, le mouvement, sont absolus. (Plus précisément, ils doivent l’être, car sans cette caractéristique, c’est tout l’édifice de la dynamique newtonienne qui s’écroule ; sa loi F =mg, n’est valable que dans un espace absolu).

 

 

-quelle est la fonction de cette loi ? Elle explique le changement de vitesse, l’accélération (la force est ce qui contrecarre la tendance du mobile à aller en ligne droite). Cf. " tout corps persévère dans un état de repos et de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force ne s’exerce sur lui, et ne le contraigne à changer d’état ". (Newton, contrairement à Galilée, ne se contente plus de décrire le mouvement, mais l’explique, i.e., lui assigne une cause –cela n’est possible que si on lui assigne une force).

 

 

-Or, pour Newton, on ne peut se référer à des forces que dans un espace (et un temps) absolus (fixes). Il va dire que l’espace absolu agit sur les corps (espace doté de qualités dynamiques), alors que l’espace relatif se comporte à leur égard comme un simple réceptacle passif. Pourquoi ce recours nécessaire à l’espace absolu ? Parce que le mouvement inertiel correspond à l'absence de force imprimée (donc, l'absence d’interaction avec d’autres corps) ; or, il faut bien qu’il soit produit par quelque chose, qu’il ait une cause ! D’où la solution de Newton : ce qui peut seul produire le mouvement inertiel, c’est l’espace absolu, qui est le seul objet en présence duquel se trouve le corps. L’action de l’espace absolu sur les corps qui y sont soumis consiste donc dans une simple conservation de leur mouvement.

 

 

-cette action de l’espace absolu elle-même résulte d’une force de nature différente de celle des forces imprimées. Je précise que c’est une force qui a la drôle de propriété de ne pas produire d’accélération… (=force inertielle).

 

 

-Pour Newton, les forces créent le mouvement absolu et réel d’un corps (qui a la caractéristique de pouvoir être référé à une force imprimée) ; le mouvement relatif (et apparent) d’un corps, lui, n’est pas nécessairement en rapport avec une force, mais il suffit pour l’expliquer, que le corps en référence auquel il est en mouvement, subisse l’action d’une force.

 

 

3) Contre cette conception du temps, on a des arguments non seulement philosophiques (qui reposent sur l’expérience que nous faisons du temps, donc, sur la conscience), mais également scientifiques.

 

 

Je parlerai rapidement de ces derniers, puis, dans les parties II et III, j’évoquerai deux arguments philosophiques. Pour ce faire, je vais partir des problèmes que pose la théorie newtonienne. On peut se demander si la physique parle vraiment du temps ou si au contraire elle ne le rate pas. En effet, a) le temps dont elle nous parle est réversible, et est éternel ou immobile (cf. fait que la physique recherche des rapports soustraits aux changements, des lois et des règles indépendants du temps) ; ce temps ressemble donc (trop) à l’espace et n’est plus du temps (on peut dire que Newton a mis le temps hors du temps! ) ; de plus b) ce temps est un instrument de mesure des phénomènes ; or, rien ne dit que les instruments dont se sert la physique, correspondent à quoi que ce soit de réel. On peut donc objecter à Newton que beaucoup d'événements se déroulent en sens unique, et sont irréversibles. -Cf. événements historiques ; nous-mêmes : nous ne rajeunissons pas ; nous ne pouvons revenir sur ce que nous avons fait, etc. ; et, en physique, les expériences de Sadi Carnot sur des machines à vapeur : la transformation de la chaleur en énergie mécanique est limitée par le sens irréversible dans lequel s’effectuent les transferts de chaleur (du chaud vers le froid uniquement). Cette découverte est à l’origine du deuxième principe de la thermodynamique, qui fut énoncé par R.Clausius en 1865 (loi macroscopique qui a) postule l’existence, pour tout système physique, d’une grandeur appelée l’entropie, qui représente le degré de désordre ou de hasard présent dans le système. Un litre d’eau froide a une certaine entropie, un litre d’eau chaude a une entropie différente (en l’occurrence plus élevée) ; b) indique que la quantité d’entropie contenue dans un système isolé ne peut que croître lors d’un quelconque événement physique ; exemple : c’est selon cette loi que le sucre va se dissoudre dans votre tasse de café ; et qu’il ne pourra jamais revenir à son état initial. Ce qu’on appelle la flèche thermodynamique du temps est donc une flèche qui va du passé au futur et de l’ordre au désordre. Bref, on ne peut par définition remonter le cours du temps, si ce n’est dans les films de science-fiction.

 

 

II-La subjectivité du temps.

 

 

Le temps semble, de toute façon, être quelque chose de subjectif :

 

 

A- Le temps historique (cours sur l’histoire)

 

 

L’histoire est une certaine prise de conscience du temps, une certaine manière de diviser le changement et de le penser. L’écriture de l’histoire ne se conçoit pas sans chronologie, donc, sans perception du temps. Or, le problème est de savoir s’il y a une " chronologie en soi ", un découpage du temps tout fait, ou si au contraire cette chronologie n’est pas toujours fabriquée par l’historien lui-même.

 

 

Pour y répondre, on peut reprendre le texte de P.Veyne étudié dans le cours sur l’histoire, et plus précisément, la notion de champ évènementiel, et dire que le temps historique, ou la chronologie, dépend de la perspective même qu’on veut adopter, de l’intrigue qu’on s’est donnée au départ; ainsi que l’Ecole des annales (j’en ai parlé à la fin du cours sur l’inconscient). Je vous rappelle que c’est un courant contemporain qui a abandonné l’étude des grands hommes comme étant l’objet spécifique de l’histoire. Pour ces historiens, le véritable sujet de l’histoire, ce sont les forces économiques, sociales, etc. Ainsi ont-ils écrit une histoire de la Méditerranée, une histoire des mentalités, etc. La conséquence de cette révolution conceptuelle sur la notion de temps historique est la suivante : il y a plusieurs chronologies possibles, et il n’y a pas une chronologie en soi, un découpage " tout fait " du temps. Le temps ou plutôt les divers temps, s’étale(nt) sur des périodes n’ayant rien à voir avec le temps de l’action, qui est celui des délibérations des acteurs humains/individuels. Il y a par exemple le temps court de l’événement, le temps demi-long de la conjoncture, le temps long de l’histoire des mentalités, la très longue durée de l’histoire des civilisations, etc.

 

 

P.Veyne, Comment on écrit l'histoire, Seuil, 1971, p.57

 

 

 

 

 

Structure du champ événementiel

 

 

Les historiens racontent des intrigues, qui sont comme autant d'itinéraires qu'ils tracent à leur guise à travers le très objectif champ événementiel (lequel est divisible à l'infini et n'est pas composé d'atomes événementiels) ; aucun historien ne décrit la totalité de ce champ, car un itinéraire doit choisir et ne peut passer partout; aucun de ces itinéraires n'est le vrai, n'est l'Histoire. Enfin, le champ événementiel ne comprend pas des sites qu'on irait visiter et qui s'appelleraient événements un événement n'est pas un être, mais un croisement d'itinéraires possibles. Considérons l'événement appelé guerre de 1914, ou plutôt situons-nous avec plus de précision les opérations militaires et l'activité diplomatique ; c'est un itinéraire qui en vaut bien un autre. Nous pouvons aussi voir plus largement et déborder sur les zones avoisinantes : les nécessités militaires ont entraîné une intervention de l'Etat dans la vie économique, suscité des problèmes politiques et constitutionnels, modifié les mœurs, multiplié le nombre des infirmières et des ouvrières et bouleversé la condition de la femme... Nous voilà sur l'itinéraire du féminisme, que nous pouvons suivre plus ou moins loin. Certains itinéraires tournent court (la guerre a eu peu d'influence sur l'évolution de la peinture, sauf erreur) le même "fait", qui est cause profonde sur un itinéraire donné, sera incident ou détail sur un autre. Toutes ces liaisons dans le champ événementiel sont parfaitement objectives. Alors, quel sera l'événement appelé guerre de 1914? Il sera ce que vous en ferez par l'étendue que vous donnerez librement au concept de guerre : les opérations diplomatiques ou militaires, ou une partie plus ou moins grande des itinéraires qui recoupent celui-ci. Si vous voyez assez grand, votre guerre sera même un "fait social total".

 

 

Les événements ne sont pas des choses, des objets consistants, des substances ; ils sont un découpage que nous opérons librement dans la réalité, un agrégat de processus où agissent et pâtissent des substances en interaction, hommes et choses. Les événements n'ont pas d'unité naturelle ; on ne peut, comme le bon cuisinier du Phèdre, les découper selon leurs articulations véritables, car ils n'en ont pas. Toute simple qu'elle soit, cette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi, se pose la question de savoir si, contrairement à la thèse de Newton, le temps ne serait pas subjectif , au sens où il n’existerait que par et pour l’homme, au lieu d’en être totalement indépendant.. Ne viendrait-il pas seulement de la conscience de l’homme ?

 

 

B-St Augustin (354-430), Les confessions, Livre XI, chapitres xiv-xxxi : le temps n’existe pas, si ce n’est dans notre esprit.

 

 

Dans ce passage des Confessions, St Augustin s’interroge sur la nature du temps. Il cherche à en donner une définition, et surtout, à savoir s’il est un être ou un non-être (question ontologique, portant sur l’être et le mode d’être de quelque chose).

 

 

XI, xiv : "Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent. Comment donc ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il est toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, mais de l’éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus ".

 

 

 

 

 

 

 

 

1) le temps n’existe pas:

 

 

Si on parle du temps, en disant que les choses " étaient ", " sont ", et " seront ", le langage nous trompe. A l’analyse, i.e., dès que nous voulons penser ce qu’est le temps, en donner une définition, le temps nous échappe, et on doit avouer que rien de tel que le temps ne peut en fait exister. St Augustin montre en effet que le temps n’est composé que d’inexistences. 

 

 

 

 

 

1.        Il montre d’abord que le passé n’est plus, et que le futur n’existe pas encore. Il en déduit que passé et futur n’existent pas. Puis, il se pose la question de savoir pourquoi alors on en parle ; notamment, comment se fait-il que nous prédisions l’avenir, comme le fait le scientifique, ou que nous racontions, comme le fait l’historien, les événements passés ? Comment cela est-il possible, alors que dans un cas, l’événement n’est pas encore, et dans l’autre, il n’est plus ? Question formulée de la façon suivante par Augustin (18, 23) : où sont donc les choses passées et futures, si elles " sont " d’une certaine manière ? Voici sa réponse/solution :

 

 

 

 

 

2.        la narration du passé implique la mémoire, et la prévision du futur implique l’attente

 

 

 

 

 

3.        or, se souvenir c’est avoir une image du passé, et cette image est une empreinte laissée par les événements, qui, de la sorte, restent fixés dans notre esprit

 

 

 

 

 

4.        c’est grâce à l’attente que les choses futures sont présentes comme à venir ; nous en avons une " pré-perception ", qui nous permet de les annoncer à l’avance ; de nouveau, nous avons dans l’esprit une image qui précède et annonce l'événement qui n’existe pas encore ; cette image n’est pas à proprement parler une empreinte laissée par un événement passé, mais le signe ou la cause des choses futures (exemple : je vois l’aurore, et j’annonce que le soleil va se lever)

 

 

 

 

 

5.        Augustin en déduit donc que les modes du temps que sont le futur et le passé n’existent que dans l’âme, ne renvoient pas au monde extérieur, mais à notre esprit, dans lequel seul ils " existent "

 

 

 

 

 

6.        Il y a donc bien trois temps, mais si on veut parler avec rigueur, il faut donc dire qu’il y a le présent du passé (=mémoire), le présent du futur (=attente), et même, le présent du présent (=vision, attention). Sa solution revient donc à mettre le passé et le futur dans le présent par le biais de la mémoire et de l’attente, qui sont deux modalités de la conscience/âme/esprit.

 

 

b)Toutefois, si tout en quelque manière e ramène au moment présent, il s’avère que le présent lui-même n’est rien, n’existe pas. En effet, le présent, plus précisément, l’instant présent, " ne peut être qu’en cessant d’être ". Sa caractéristique majeure, à lui aussi, est de " passer " (sinon, ce ne serait plus du temps !). A peine présent, il est déjà du passé, et j’en parle pratiquement toujours au passé…

 

 

 

 

 

2) Le temps s’oppose à l’éternité comme l’apparence à la réalité.

 

 

Il est important de préciser que nous sommes ici dans une pensée religieuse, comme chez Pascal. L’intention sous-jacente à sa théorie de nature du temps est de voir comment le temps s’articule avec l’éternité divine, et quel est le sens de la vie humaine. Cf. fait que la réflexion sur la nature du temps est enchâssée dans une méditation sur les rapports entre l’éternité et le temps, suscitée par le premier verset de la Genèse (il se pose les questions de savoir que faisait Dieu avant la création, s’il y avait un temps, etc.). L’éternité, qui caractérise la divinité, va être l’autre positif du temps. Le temps est ce qui va caractériser notre existence humaine, et ce qui nous éloigne de Dieu. En effet, pour lui, la vie humaine n’a aucun sens, et il apparaît dans sa réflexion sur le temps que ce qui rend la vie humaine insensée, c’est avant tout son caractère temporel. La vie humaine, qui est temporelle, est en effet marquée par la dissipation (cf.mort, maladie, destruction, etc.). L’éternité divine, qui est la vraie réalité, est ce qui va pouvoir donner un sens à cette vie. Cf. opposition célèbre entre la Cité de Dieu (qui existe actuellement dans le cœur des croyants et existera plus tard dans l’éternité, après le jugement dernier, après la fin des temps= éternité existante et positive, du côté du bonheur) () et la Cité terrestre (=temps inexistant et négatif, du côté du manque, de la souffrance).

 

 

Le temps est donc subjectif, car il n’existe que dans notre esprit ; et il est humain, " trop humain ", en ce qu’il caractérise la souffrance et le manque constitutif de notre condition humaine.

 

 

III-Kant : le temps est certes subjectif mais cette subjectivité ne signifie pas qu’il n’est pas objectif : ça va être au contraire ce qui fait qu’il est objectif.

 

 

1) rappel : la philosophie transcendantale

 

 

a) " transcendantal " : désigne les conditions de notre expérience du monde ; ce sont les structures de l’esprit humain ; toute expérience doit nécessairement obéir à ces conditions-là. Ces structures sont des " formes a priori ". Exemple : toutes les choses doivent obéir à la catégorie de la causalité (doivent se succéder selon une relation de succession) doivent obéir à la catégorie de la substance (i.e. : une chose ne peut devenir autre à chaque instant) ; toutes les choses doivent apparaître dans l’espace et dans le temps.

 

 

b) Phénomènes et choses en soi. Mais rien ne nous dit que d’autres êtres que nous percevraient le monde de la même façon. Par suite, Kant dit que ce que nous pouvons connaître, ce sont seulement des " phénomènes ", et non des " choses en soi ". Les choses en soi seraient les choses telles qu’elles sont réellement, indépendamment de ces structures de notre esprit ; on pourrait dire, sans qu’elles soient déformées par les structures de notre esprit. Ce que l’homme peut connaître, ce sont des " phénomènes ", i.e., les choses telles qu’elles nous apparaissent ; on pourrait dire, qu’on peut seulement connaître l’effet que font les choses sur nous. Exemple : la couleur n’est pas réellement dans les choses. On dira qu’elle n’est pas une propriété réelle des choses, ou qu’elle n’appartient pas aux choses en soi.

 

 

 

 

 

2) Le temps comme " forme a priori de la sensibilité ".

 

 

Pour lui, " le temps n’est qu’une condition subjective de notre (humaine) intuition (qui est toujours sensible, i.e., qui se produit en tant que nous sommes affectés par les objets), et il n’est rien en soi en dehors du sujet ".

 

 

 

 

 

Le temps n’est rien en soi hors de l’homme et de sa perception des choses.

 

 

 

 

 

3) Comment Kant montre-t-il que le temps appartient à notre esprit, et non aux choses extérieures ?

 

 

Critique de la raison pure, Esthétique transcendantale, §6 : " Le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi, ou qui soit inhérent aux choses comme une détermination objective, et qui, par conséquent, subsiste, si l’on fait abstraction de toutes les conditions subjectives de leur intuition ; dans le premier cas, en effet, il faudrait qu’il fût quelque chose qui existât réellement sans objet réel. Mais dans le second cas, en qualité de détermination ou d’ordre inhérent aux choses elles-mêmes, il ne pourrait être donné avant les objets comme leur condition, ni être connu et intuitionné a priori (…) ; ce qui devient facile, au contraire, si le temps n’est que la condition subjective sous laquelle peuvent trouver place en nous toutes les intuitions. Alors en effet cette forme de l’intuition interne peut être représentée avant les objets, et par suite, a priori ".

 

 

 

 

 

Deux arguments sont ici soutenus : 1) le temps ne peut être un objet réel, parce que s’il l’était, on pourrait se représenter un temps vide d’objets, le temps pourrait exister indépendamment de tout objet réel (c’est ce qu’on trouvait chez Newton, qui est donc visé par Kant ) ; 2) il ne peut pas non plus être une propriété inhérente aux choses en soi, car alors, il devrait être connu a posteriori (est dite a posteriori, toute connaissance qui dépend de l’expérience) et ne serait par conséquent pas la condition même de toute expérience ; or, le temps est nécessairement la condition même de toute expérience, car on ne peut se rapporter à rien sans nous référer au temps ; donc le temps est a priori ; donc s’il est a priori il ne peut qu’être une structure de notre esprit. C.Q.F.D…

 

 

 

 

 

4) Que veut dire, chez Kant, que le temps est " subjectif " ? Est-il une illusion ?

 

 

A notre définition, Kant ajoute toutefois que si le temps est subjectif, cela n’empêche pas le temps d’être " nécessairement objectif par rapport à tous les phénomènes et, par suite, par rapport à toutes les choses qui peuvent se présenter à nous dans l’expérience ".

 

 

 

 

 

Le temps est " réel " en ce qu’il est une forme de notre esprit que nous ne pouvons nier et qui est universelle pour tout être humain. Subjectif ne s’oppose pas à objectif et n’est nullement synonyme d’illusion. Subjectif veut dire " qui appartient à l’esprit humain " ; " objectif ", que tout être humain normalement constitué doit percevoir les phénomènes dans le temps ; et que nous ne pouvons avoir aucune expérience sans le temps. Ainsi, plutôt que " subjectif ", dites plutôt, quand vous parlez de la conception kantienne du temps, " idéalité transcendantale ". Le temps est a) idéal, car il n’est pas un être réel ; b) transcendantal, car il préexiste aux objets de l’expérience et en conditionne la connaissance.

 

 

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Lundi 3 juillet 2006

Origine du texte: philosophie-en-ligne.com

Un texte très intéressant de Jean-Pierre Lalloz

L’angoisse et ses distinctions (psychanalyse)

 

 

Dans l’Introduction à la psychanalyse (p. 370), Freud considère que l’énigme de l’angoisse devrait " projeter des flots de lumière sur toute notre vie psychique ". Son intelligence serait comme une clé générale, non seulement de la réalité de notre vie mais encore, si c’est par la sublimation que l’humain arrive à sa propre dignité, de ce qu’il y a de plus valable en elle : " Sans angoisse il n’y aurait pas de création. Et je dirais même, il n’y aurait pas d’homme " dit Romain Gary, dans Pseudo (p. 201).

 

L’angoisse n’est pas une émotion comme la peur qui est un rapport immédiat à l’objet (par exemple à une voiture qui fonce vers nous) mais un sentiment, c’est-à-dire un rapport à soi-même en tant qu’affecté par un objet (l’amoureux par exemple s’éprouve lui-même comme attaché à un autre). Il faut donc non seulement la distinguer avec précision des émotions que sont l’horreur, l’épouvante, la panique ou la terreur mais aussi des autres sentiments que sont l’inquiétude, l’anxiété ou l’effroi. Ces distinctions ont leur principe dans l’objet de l’angoisse, qui se distingue de tout autre : contrairement à celui de la peur qu’on peut facilement nommer, on n’arrive pas à le dire dans le moment même où on reconnaît qu’il devient patent. L’angoisse est très précisément le sentiment de l’imminence de ce qui échappe à la représentation, mais qu’on n’est pourtant pas sans reconnaître. De quelle reconnaissance elle-même imminente voulons-nous donc nous dispenser en fuyant l’angoisse ?

 

 

L’angoisse, sentiment de l’imminence

Dans le séminaire X qu’il a consacré à cette notion, Lacan s’appuie sur un conte d’Hoffman, L’homme au sable. On peut citer un texte littéraire plus connu et plus explicite : Le désert des tartares de Dino Buzzati, où un jeune lieutenant se trouve envoyé aux avant-postes du monde, affecté à « un bout de frontière morte » que nul envahisseur ne franchira peut-être jamais et qui, de donner sur un énigmatique « Royaume du Nord », pourrait malgré tout être le lieu d’une attaque. De celle-ci, nul ne prendrait le risque de dire qu’elle n’est pas imminente ; et nul n’a la capacité de la comprendre ou même de l’imaginer : qu’est-ce que des « tartares » pourraient bien nous vouloir ? Le roman raconte l’attente de cette attaque, étendue sur les décennies d’une carrière militaire ; il fait voir la désolation du monde ravagé non par un événement mais, paradoxalement, par sa seule imminence. L’angoisse est d’abord le sentiment de l’imminence – sans qu’on puisse dire de quelle réalité.

 

En quoi, contre Freud, elle n’est pas un signal d’alarme – lequel a au contraire pour fonction d’identifier le danger : l’alarme d’une voiture qui se déclenche indique une tentative d’effraction et par là les intentions très claires d’un voleur. Or l’angoisse renvoie à un Autre (ici les « tartares ») dont les intentions restent énigmatiques et à quelque chose dont, corrélativement, on n’arrive pas à se représenter la nature.

 

 

La représentation frappée d’impossibilité

Dans la chanson qu’il a tirée du roman (« Zangra »), Jacques Brel parle du fort qui domine la plaine « d’où l’ennemi viendra »– et non pas, comme on aurait attendu, « d’où l’ennemi attaquera », ce qui renverrait à toute une série de représentations militaires d’héroïsme, de tactique, de logistique, etc., que le simple verbe « venir » suffit à effacer. En quoi, avec Freud cette fois-ci, l’angoisse est bien le signe dans le moi de ce qui n’a pas de représentation : on y pressent un au-delà de nos capacités d’indiquer, de réfléchir ou de figurer. Par la représentation, nous sommes protégés de l’angoisse, et la substitution opérée par Brel de « venir » à  « attaquer » souligne a contrario que là où il y a représentation il n’y a pas d’angoisse.

 

Est donc angoissant ce qui vient contredire, par son imminence, la protection offerte par la représentation : préparer le fort en vue de l’attaque, ou même simplement la penser comme telle, c’est déjà l’avoir mise à distance, remplacée dans notre esprit par des mots, des images, des idées. La représentation est un éloignement de la chose quand l’angoisse est la reconnaissance de son imminence.

 

 

Etre soi-même frappé d’impossibilité

Dès lors qu’elle est représentée, même d’une manière obsédante, la chose manque, puisque la représentation remplace son existence. Là où il n’y a pas de mots pour dire, d’images pour figurer, ou d’aménagements des latences, possibilités ou éventualités, Lacan est donc fondé à repérer le « manque du manque ».  Or le manque de l’objet qui en nécessite la représentation, c’est forcément le sujet des pensées conscientes et inconscientes. Si le manque manque, c’est donc le sujet qui se trouve frappé d’impossibilité : l’angoisse est l’épreuve qu’il fera de ne plus être possible. Le manque caractéristique de la représentation définissant la pensée et donc le sujet, tout « manque du manque », et donc toute imminence de l’irreprésentable, sera vécu comme une abolition de soi. Nous comprenons de quel danger radical l’angoisse est à la fois la reconnaissance et la crainte.

 

C’est très concret. Chaque fois qu’on reconnaît la présence quelque chose qui a pour nature d’être représenté c’est-à-dire rendu absent, il y a angoisse. Ainsi une femme enceinte peut être violemment angoissée d’apercevoir un poupon en plastique dans un berceau : le vide du berceau qui représentait son enfant à venir se trouve brusquement « positivé » et elle-même, femme « attendant un enfant », abolie comme sujet. Chaque fois qu’un Autre nous prenant énigmatiquement pour objet se donne à reconnaître, nous sommes angoissés. Par exemple : quand on reçoit une convocation auprès d’une autorité sans qu’on puisse deviner de quoi il s’agit. Un inconnu qui nous regarde fixement dans la rue ne peut pas ne pas susciter d’angoisse en nous. De la même manière : quand on ne sait pas ce qu’il en sera de nous parce qu’on ne voit pas de place où exister, comme dans l’exemple de la mère qui obsède son enfant par son souci qu’il ne manque de rien. « Lâche-moi les baskets » disent les adolescents : parole d’angoisse.

 

Les réalités qui sont irreprésentables en elles-mêmes (c’est-à-dire impossibles à mettre à distance par des mots ou des images) sont angoissantes : un regard dans l’encadrement de la fenêtre et, à la limite, le regard vide et fixe d’un mort que les cérémonies et paroles du deuil remplaceront par l’idée de la personne. Les lieux de mort le sont donc éminemment, qui la présentifient, frappant d’inanité la production de représentation en quoi consiste la majeure partie de notre vie, et par là même notre simple existence. Le savoir total, qui ne laisse aucune place à une question ou à une parole éventuellement bête ou naïve qui serait la nôtre, angoissera donc aussi fortement : tout étant définitivement dit (alors que pour chacun tout reste à dire), on n’a plus de place pour être le sujet d’une parole. Une figure fantasmatique particulièrement significative fut ainsi « le SS qui rend fou » apparaissant dans un rêve d’angoisse, et dont l’analyse a révélé que ce porteur d’abolition et de mort, défini par des initiales, était un « Sujet-Savoir » précédemment rencontré. Les lieux saturés, au sens où ils sont totalement ce que le savoir dit qu’ils doivent être (centres commerciaux, complexes d’habitations livrés clé en main, etc.) seront donc angoissants.

 

Quand on a affaire, ou qu’on voit que les autres ont affaire, à quelque chose dont on n’a pas la représentation, on est angoissé. C’est spécialement évident pour la séduction, qu’on en soit l’objet ou le sujet (qu’est-ce qu’elle me trouve, pour être si attachée à moi ? que détient-elle de moi, pour que je sois dans un tel état de manque par rapport à elle ?). La sexualité aussi est angoissante, en tant qu’elle nous confronte à l’irreprésentable différence des sexes, laquelle n’est pas un fait comme dans la nature où l’instinct décide une fois pour toutes de son objet, mais un problème auquel la psychanalyse nous apprend que nous ne cessons de revenir : car quel objet est-on pour l’autre, et quel objet est-il pour nous ? Et qu’est-ce qu’aimer, pour qu’en aimant ce soit de ce mystérieux objet qu’il s’agisse à chaque fois ?

 

 

Là où les mots manquent

L’angoisse « ne trompe pas », on le comprend donc, en ce qu’elle atteste de quelque chose qu’on n’arrive pas à dire : quelque chose qui excède la signification et récuse par là même notre existence de sujet. Et si l’angoisse est elle-même angoissante, c’est d’une certaine manière qu’il est déjà trop tard pour exister subjectivement : on est trop loin. Nulle insuffisance de nuance ou de subtilité dans l’expression qui nous permettrait d’y parer : avec l’angoisse on est là où les mots manquent.

 

Les mots ? Quels mots ? Ceux qui permettraient enfin de tout dire, et donc, pour soi, de se dire ! Hélas, les mots ne cessent pas de manquer : voulons-nous clore un discours et mettre un point final qu’un commentaire s’ébauche déjà, ou des remarques, ou des regrets, ou des félicitations, et ainsi de suite à l’infini : un mot en appelle toujours un autre et il n’y a pas de dernier mot – celui qui permettrait enfin qu’on soit avéré comme sujet dans la collusion d’exister et de savoir. Car être sujet, c’est avoir à l’être. On peut donc se dire, mais pas totalement : toute parole produit un reste d’indicible où le sujet, malgré lui, n’est jamais sans savoir qu’il se trouve, dès lors indiciblement. En cette restriction apparaît un manque de représentation correspondant, comme à la limite extérieure de ce qui peut être dit, à l’être indicible du sujet, et donc à son impossibilité de sujet parlant : lieu de l’angoisse. L’angoissant, c’est donc ce que dirait le dernier mot, s’il ne manquait pas : cela qui complèterait enfin tout ce qu’on peut dire du monde sans nous et de nous sans le monde, le point exact, extérieur à l’un aussi bien qu’à l’autre, de notre unité avec l’ensemble des choses. C’est de lui, à chaque fois, que l’angoisse est le pressentiment.

 

 

Imminence de l’indicible

Ne faire mythiquement qu’un avec l’ensemble des choses, selon un idéal dont certaines sagesses orientales donnent l’indication, cela s’appelle tout simplement jouir. C’est par conséquent le même d’être soi et d’être fait de la perte de ce point d’unité jouissante mythique, dont paradoxalement tout discours semblera être la promesse mais dont le corps, laissé en arrière quand nous parlons, est en même temps le lieu réel. Car nous qui sommes nés et qui avons été corporellement amenés à la communication humaine par les soins qu’on nous a prodigués et par les marques que ces soins ont forcément laissées sur nous comme autant de zones de fusion perdue, nous retrouvons au fond de notre existence une perte de jouissance première, celle-là même dont témoigne la géographie « érogène » de nos sensibilités et qui nous fait désirer toutes sortes d’objets comme autant de substituts promettant la retrouvaille. C’est cette jouissance clairement faite de sa propre perte (ex. : un malade dit qu’avant, il jouissait d’une bonne santé) qu’on ne peut pas dire en ne pouvant pas tout dire, et dont le lieu dans le langage est par conséquent l’impossibilité qu’on n’arrive jamais au dernier mot, celui qui permettrait enfin de se dire en ayant dit tout ce qu’on avait à dire, c’est-à-dire le monde plus cette jouissance perdue (mais alors ce ne serait plus le monde, qui n’est précisément tel que d’être axé fantasmatiquement sur l’éventualité de la retrouvaille). Le lieu impossible et toujours à venir du dernier mot (et certes il n’y en a pas, puisqu’on peut toujours compléter, reprendre critiquer, etc.) est donc celui d’une jouissance qui serait enfin notre être : la coïncidence de notre existence perdue et de ce que l’Autre qui s’adressait à nous faisait p)ar là même que nous devions être. C’est cette jouissance faite d’impossibilité (puisqu’il n’y aura jamais de dernier mot et que l’Autre n’existe pas) qu’on n’aperçoit donc pas en se reconnaissant dans les autres : aperçoit-on ce qui n’est rien ? De sorte que nous nous cherchons perpétuellement en eux (ils sont les semblables dont nous sommes les semblables) en restant aveugles à leur réalité, celle de la perte de jouissance dont ils sont, eux aussi sans le savoir, et la souffrance et le déni.

 

L’angoisse est le pressentiment de la retrouvaille avec la jouissance qui manque là où le dernier mot se trouverait s’il pouvait être dit, avec ce que nous serions réellement pour l’Autre (par exemple le complément de son regard, de sa voix, de sa demande ou de son offre…) s’il existait. On pourrait dire en somme qu’elle rend indistincte l’épreuve de l’impossibilité d’être (notre être est toujours déjà perdu) et celle de l’imminence d’être (l’objet angoissant fait pressentir cette jouissance qu’on a pour être).

 

L’objet de l’angoisse est donc énigmatique : autre, devant nous mais causant le désir dont nous sommes mus en l’orientant à notre insu vers une jouissance particulière. Il est donc assez lointain pour qu’on le reconnaisse à distance et en même temps tellement proche qu’on devrait déjà le voir – étant dès lors plus intime en nous que n’importe quoi d’autre. L’angoisse est le pressentiment de ce qu’il y a de plus intime, en exclusion de quoi nous pensons et nous désirons. Cet objet, dans le cadre de l’angoisse où la distance avec lui commence à céder (il a pour nature d’être perdu or il semble qu’il soit sur le point d’apparaître), on peut le penser comme un paquet de libido – puisqu’on nomme ainsi en psychanalyse que nous soyons manquants et que notre manque soit orienté par une quête de jouissance – à ceci près qu’il serait fait des marques de notre humanisation corporelle. Ainsi une communication spécialement scopique (la mère plonge son regard dans les yeux de l’enfant et, se détournant, laisse ces yeux grand ouverts, désormais vides de son regard à elle) donnera-t-elle lieu à une angoisse particulièrement axée sur le visible (les regards fixes seront spécialement inquiétants pour ce sujet, ou les images mal équilibrées). Il y a autant de types d’objets qu’il y a de manières d’accueillir un corps dans le monde humain et d’en faire un sujet.

 

Concluons sur le paradoxe de la chose angoissante : son étrangeté est l’aspect que prend l’extrême de notre intimité, marque toujours oubliée dont le corps est porteur. L’angoisse nous rapporte au radical de notre humanité.

 

 

 

 

 

 

 

Je propose ensuite les distinctions suivantes :

 

 

 

L’inquiétude appréhende l’objet dans son effet, qui est la mise en cause les identifications du sujet : c’est le sujet, tel qu’il se légitime dans sa reconnaissance de lui-même (et donc tel qu’il s’autoriser à se « reposer » dans sa certitude de soi), que l’inquiétant inquiète. Sera donc inquiétante toute réalité avérant que vacille, moins dans son contenu que dans son principe, le savoir qui permettait de la comprendre ou de la poser, et ainsi de s’identifier subjectivement. Des résultats inquiétants (à ces épreuves scolaires, à des analyses biologiques…) attestent ainsi que les anciennes identifications (être un étudiant, avoir la vie devant soi…) sont en train de perdre leur légitimité. L’inquiétude est donc l’épreuve de la délégitimation, par un objet méconnaissable (et non pas inconnu ni impensable), de la reconnaissance qu’on avait de soi, ce qui revient à dire qu’elle est l’épreuve du devenir méconnaissable de son propre être (avoir à quitter les études alors qu’étudier allait de soi, que la mort se soit brusquement rapprochée alors que continuer à vivre allait de soi…). Quand l’objet de l’angoisse s’entend de ce que la représentation en manque, celui de l’inquiétude s’entend de ce que la représentation, encore là, soit en train de cesser de valoir. Causée par l’objet méconnaissable, l’inquiétude ouvre donc sur l’angoisse, imminence de l’objet impensable, en même temps qu’elle laisse soupçonner l’horreur qu’il y aurait à reconnaître la parenté de sa propre intimité avec la réalité innommable de l’objet. Elle est en quelque sorte l’imminence de l’imminence.

 

 

 

L’anxiété . Les anxieux ne sont pas des angoissés, puisqu’on l’est pour des raisons qui sont de scénario, de représentation, et qui par là protègent de l’irreprésentable. Par exemple, quand ma femme est sur la route, je suis anxieux : éventualités de pannes, d’accidents. Par ces représentations, je pare au gouffre inimaginable où me plongerait sa perte.

 

 

 

La peur  a un objet mondain, contrairement à l’angoisse dont l’objet est innommable, hors de toute possibilité d’être représenté. Cet objet me donne spécifiquement à comprendre que j’ai à mourir. Une voiture qui déboule à toute vitesse figure concrètement ma mort, laquelle a donc statut de signifié. Si on redoute les accidents, si on craint d’être blessé, on a peur d’être tué. Et cette mort dont la peur en donne l’éventualité, se fera par contact. Le sens de la peur est qu’on ait à toucher l’impossible : la voiture me percutera, l’assassin me frappera. La peur conjoint l’idée de signifier et de toucher l’impossible : elle en fait une réalité.

 

 

 

L’effroi  est la reconnaissance d’un vide radical, d’une désolation, contre quoi aucun recours n’est possible : toute défense viendrait trop tard et c’est de le reconnaître qu’on est dans l’effroi. Etymologiquement, l’effroi contient l’idée d’être arraché à la paix et donc au monde habituel qui est l’horizon du sens. Est donc effroyable ce qui fait apparaître l’irrécusable du non sens. Le 11 septembre est effroyable d’abord parce que les criminels ne demandaient rien. Quand on la regarde, dit Pascal, la condition humaine est effroyable (notre misère : perdus entre l’infiniment grand et l’infiniment petit). Heidegger souligne que le monde moderne, où toute chose est sommée d’être à disposition, est proprement effroyable d’inconscience, d’arrogance, d’indifférence au vrai. L’extrême effroi d’exister et de mourir est donc neutre, au-delà de l’angoisse qui en était le dernier leurre, y parant comme l’anxiété le faisait pour elle.

 

 

 

L’horreur  porte sur la même réalité que l’effroi, sauf qu’on a reconnu que ce contre quoi il n’y a pas de recours est finalement de même nature que le plus intime de notre intimité – selon l’identité libidinale que l’angoisse révèle entre l’objet imminent qui nous abolirait et ce qu’on ne peut jamais dire de soi parce qu’on n’a jamais le mot qui dirait tout.

 

 

 

L’épouvante  est l’impossible reconnaissance (une reconnaissance qui ne peut se supporter elle-même, qui se rend folle elle-même) que cette intimité extrême qui nous apparente à l’horreur, la libido, était littéralement en train de nous submerger, de nous noyer.

 

 

 

 La panique  ne consiste surtout pas à fuir une chose dangereuse (elle est tout sauf le comportement raisonnable que cette situation exigerait) mais à se fuir soi-même, à la manière de quelqu’un qui voudrait courir tellement vite qu’il parviendrait à distancer son ombre, en tant qu’on est originellement de même nature que ce qui fait horreur.

 

 

 

La terreur  ne renvoie pas à la communauté " libidinale " avec l’innommable, mais cette notion partage avec les précédentes l’idée de l’impossible réalisé : on entend marcher dans la pièce du dessus, or il est impossible que quelqu’un s’y trouve. Plus cet impossible se rapproche (c’est maintenant dans le couloir qu’on entend marcher), plus on est terrorisé. Politiquement, le  terrorisme  promeut la représentation et il lui appartient essentiellement d’être spectaculaire, mais c’est la représentation de l’irreprésentable qu’il s’agit. Autrement dit c’est d’exhiber l’impossible qu’on terrorise. Comment peut-on décapiter lentement un être humain avec un couteau de cuisine et montrer ensuite le film au monde entier et donc à sa famille ? On ne peut pas : c’est humainement impossible. Or il y a des gens qui, en faisant voir qu’ils le font, montrent que cet impossible, qui est celui de la mort et de la nature implacables, caractérise manifestement l’agir dont ils sont les sujets. Par là même ils s'éprouvent eux-mêmes et apparaissent aux autres comme déjà morts. Le sentiment de toute puissance et d’invulnérabilité qui habite les terroristes vient de là : on ne peut rien leur faire ni leur promettre (d’où notamment l’absurdité de vouloir négocier avec eux), puisqu’ils sont dans l’inéluctable et le définitif. Subjectivement le terrorisme est donc moins la disposition à tuer que celle d’entraîner dans la mort dont on est soi-même fait ; objectivement le terrorisme a pour être un apparaître : celui  de la mort même.

 

 

 

 

 

Auteur : Jean-Pierre Lalloz, Docteur en philosophie, Professeur en Lettres Supérieures à Lille, Conférencier, responsable de philosophie-en-ligne.com

Par Jean-Pierre Lalloz - Publié dans : angoisse
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Cf. Texte célèbre issu de la Critique de la raison pure, Analytique transcendantale, 1ère Ed., Seconde analogie de l’expérience : " Si, pour un phénomène qui contient un événement, j’appelle A l’état antérieur de la perception, et B le suivant, B ne peut que suivre A dans l’appréhension, et la perception A ne peut suivre B mais seulement le précéder. Je vois, par exemple, un bateau descendre le cours d’un fleuve. Ma perception de sa position en aval suit la perception de sa position en amont du cours du fleuve, et il est impossible que dans l’appréhension de ce phénomène le bateau puisse être perçu d’abord en aval, puis en amont du fleuve. L’ordre de la succession des perceptions dans l’appréhension est donc ici déterminé, et celle-ci est liée à celui-là. Dans l’exemple précédent d’une maison mes perceptions dans l’appréhension pouvaient commencer par son faîte et finir par le sol, mais aussi commencer le bas et finir par le dessus (…). Dans la série de ces perceptions, il n’y avait aucun ordre déterminé qui imposât par où je devais commencer dans l’appréhension pour lier empiriquement le divers. Mais cette règle est toujours à appliquer pour la perception de ce qui advient, et elle rend nécessaire l’ordre des perceptions qui se succèdent dans l’appréhension de ce phénomène (…). Selon une telle règle, c’est donc dans ce qui en général précède un événement que doit se trouver la condition d’une règle, selon laquelle toujours et nécessairement cet événement suit ; mais inversement, je ne puis revenir en arrière à partir de l’événement et déterminer (par l’appréhension) ce qui précède. Car nul phénomène ne revient du moment au précédent, mais il se rapporte à quelque moment antérieur. "

 

 

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